Un plafond qui goutte, une flaque qui s’étend sous le parquet, une canalisation qui cède derrière une cloison : un dégât des eaux se règle d’abord dans les vingt premières minutes. Les gestes que vous faites — ou ne faites pas — déterminent l’ampleur des dommages et la qualité de votre indemnisation. Voici les 7 étapes à suivre, dans l’ordre.
Étape 1 : couper l’eau et l’électricité
C’est le seul geste vraiment urgent. Tout le reste peut attendre cinq minutes.
- Fermez le robinet d’arrêt le plus proche de la fuite : sous l’évier, derrière le WC, sur l’arrivée du chauffe-eau. Si vous ne le trouvez pas, fermez l’arrivée générale du logement (souvent près du compteur, dans un placard technique ou un regard extérieur).
- Coupez l’électricité de la zone concernée au disjoncteur si l’eau approche d’une prise, d’un luminaire, d’un tableau ou d’une multiprise. Ne touchez à rien les pieds dans l’eau.
- Coupez l’alimentation du chauffe-eau (disjoncteur dédié) si c’est lui qui fuit, et fermez son arrivée d’eau froide.
Si la fuite vient manifestement de chez le voisin du dessus, allez sonner immédiatement. En son absence, prévenez le syndic ou le gardien ; en dernier recours et en cas d’urgence caractérisée, les pompiers peuvent intervenir.
Étape 2 : limiter les dégâts
Chaque litre évacué maintenant, c’est un mètre carré de parquet sauvé.
- Placez bassines et seaux sous les écoulements, épongez, aspirez avec un aspirateur eau et poussière si vous en disposez.
- Déplacez meubles, tapis, cartons et appareils électriques hors de la zone. Surélevez ce qui ne peut pas être déplacé (cales, plots).
- Sortez papiers, photos et objets de valeur.
- Aérez largement et faites circuler l’air pour amorcer le séchage.
- Si l’eau menace de traverser le plancher, prévenez le voisin du dessous sans attendre.
Étape 3 : identifier l’origine de la fuite
L’origine détermine qui prend en charge quoi. Les cas les plus fréquents :
- Une rupture ou une fuite sur canalisation privative (dans votre logement) : à votre charge, ou à celle du propriétaire s’il s’agit de vétusté et que vous êtes locataire.
- Une fuite sur les parties communes (colonne montante, chute d’eaux usées, toiture, terrasse) : c’est la copropriété qui est concernée.
- Un débordement d’appareil (lave-linge, lave-vaisselle, baignoire) : la responsabilité de l’occupant est le plus souvent engagée.
- Une infiltration par façade, toiture ou joints de fenêtre.
- Un refoulement d’eaux usées lié à une canalisation bouchée.
Quand la fuite est invisible, une recherche professionnelle est nécessaire : caméra thermique, gaz traceur, écoute acoustique. Voir notre guide détecter une fuite d’eau invisible.
Étape 4 : tout documenter
C’est l’étape que l’on néglige dans l’urgence, et celle qui pèse le plus lourd au moment de l’indemnisation.
- Photographiez et filmez largement : l’origine de la fuite, les zones touchées, les biens endommagés, les traces sur murs et plafonds. Des vues d’ensemble et des détails.
- Ne jetez rien avant le passage de l’expert : les biens détériorés sont vos preuves.
- Rassemblez les justificatifs : factures d’achat, tickets, garanties des biens endommagés.
- Conservez le devis et la facture du plombier, ainsi que le rapport de recherche de fuite.
- Notez la chronologie : date et heure de la découverte, personnes prévenues, interventions réalisées.
Étape 5 : faire intervenir un plombier
Faites stopper la fuite sans attendre l’accord de l’assurance : les mesures conservatoires destinées à limiter le sinistre sont non seulement autorisées mais attendues de vous. En revanche, ne lancez pas les travaux de remise en état (peinture, sol, plâtrerie) avant l’accord de l’assureur ou le passage de l’expert.
Demandez au plombier un rapport écrit précisant l’origine de la fuite : c’est la pièce qui déterminera la répartition des responsabilités entre assureurs.
Étape 6 : déclarer le sinistre
Vous disposez de 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre pour le déclarer à votre assureur. Passé ce délai, l’assureur peut refuser la prise en charge s’il démontre un préjudice lié au retard.
La déclaration se fait en ligne, par téléphone ou par courrier recommandé. Indiquez :
- Vos coordonnées et votre numéro de contrat
- La date, l’heure et les circonstances de la découverte
- L’origine identifiée ou supposée
- La liste et l’estimation des dommages
- Les coordonnées des tiers concernés (voisin, syndic, propriétaire)
- Les photos et devis déjà en votre possession
Si un tiers est impliqué (voisin, copropriété), remplissez également un constat amiable de dégât des eaux avec lui. Notre guide dédié détaille le remplissage case par case : constat amiable de dégât des eaux.
Locataire ou propriétaire : qui déclare ?
Chacun déclare à son propre assureur. Le locataire déclare à son assurance habitation et informe son propriétaire ; le propriétaire déclare de son côté, et le syndic déclare à l’assurance de l’immeuble si les parties communes sont concernées.
Étape 7 : suivre l’expertise et l’indemnisation
En immeuble collectif, la gestion est encadrée depuis 2018 par la convention IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeuble), conclue entre assureurs. Elle s’applique lorsque plusieurs assureurs adhérents sont concernés et que les dommages n’excèdent pas 5 000 € HT par local sinistré. Son principe : un seul assureur gestionnaire pilote le dossier, organise la recherche de fuite, indemnise, puis se retourne ensuite vers les autres compagnies.
| Montant des dommages (HT, par local) | Traitement |
|---|---|
| Jusqu’à 1 600 € | Tranche 1 : indemnisation par l’assureur gestionnaire, généralement sans expertise et sans recours |
| De 1 600 € à 5 000 € | Tranche 2 : expertise diligentée par l’assureur gestionnaire, recours possible entre assureurs |
| Au-delà de 5 000 € | Hors convention : application du droit commun |
Une franchise reste à votre charge selon votre contrat. La vétusté est déduite de l’indemnisation, sauf si vous disposez d’une garantie valeur à neuf. Si l’estimation de l’expert vous paraît insuffisante, vous pouvez la contester et, selon votre contrat, faire intervenir un expert d’assuré.
Ces seuils et modalités relèvent d’un accord entre assureurs qui peut évoluer. Vos conditions particulières priment toujours : vérifiez-les auprès de votre assureur.
Les erreurs qui coûtent cher
- Jeter les biens endommagés avant l’expertise.
- Refaire la peinture ou le sol avant l’accord de l’assureur : les dommages ne sont plus constatables.
- Dépasser les 5 jours ouvrés de déclaration.
- Négliger la recherche de fuite et se contenter d’assécher : la fuite reprend, et le second sinistre peut être refusé.
- Ne pas prévenir le voisin ou le syndic, ce qui bloque la désignation de l’assureur gestionnaire.
- Signer un devis de remise en état sous pression, sans comparaison.
Prévenir le prochain dégât des eaux
- Remplacez les flexibles de raccordement (lave-linge, lave-vaisselle, WC) tous les 5 à 7 ans : quelques euros contre plusieurs milliers de dégâts.
- Faites entretenir votre chauffe-eau et contrôlez le groupe de sécurité une fois par an.
- Fermez l’arrivée d’eau générale avant toute absence prolongée.
- Surveillez votre facture d’eau : une hausse anormale signale souvent une fuite naissante.
- Faites contrôler les évacuations régulièrement si votre installation est ancienne, et traitez les bouchons récurrents en amont : canalisation bouchée récurrente.
- Envisagez un détecteur de fuite connecté sur l’arrivée d’eau, avec coupure automatique.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour déclarer un dégât des eaux ?
Vous disposez de 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre pour le déclarer à votre assureur. Il est conseillé de le faire dès le premier jour, quitte à compléter le dossier ensuite.
Qui paie les réparations après un dégât des eaux ?
La réparation de l’élément défectueux est en principe à la charge du propriétaire de cet élément, au titre de l’entretien. Les dommages consécutifs à l’eau relèvent de la garantie dégât des eaux, l’assureur gestionnaire pilotant le dossier en immeuble collectif dans le cadre de la convention IRSI.
Faut-il attendre l’expert avant de réparer la fuite ?
Non pour la fuite elle-même : les mesures conservatoires destinées à stopper le sinistre doivent être prises immédiatement. Oui pour les travaux de remise en état, qui ne doivent pas commencer avant l’accord de l’assureur.
La recherche de fuite est-elle prise en charge ?
Elle l’est fréquemment au titre de la garantie dégât des eaux. En immeuble collectif, la convention IRSI prévoit que l’assureur gestionnaire organise et prenne en charge la recherche de fuite, dans les limites des garanties souscrites.
Que faire si mon voisin refuse de remplir le constat amiable ?
Déclarez le sinistre à votre propre assureur en indiquant les coordonnées du voisin et le refus constaté. Votre assureur se rapprochera de l’assureur adverse. En copropriété, informez également le syndic par écrit.
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